Cette fois, pas de doute. Après un mois de janvier en faux plat, on est entré dans la phase clé de la campagne électorale. Au-delà de l’accélération du calendrier qui semble décidé du côté sarkozyste, cette semaine restera marquante, parce qu’elle a mis clairement face à face deux stratégies opposées : la stratégie du clivage contre la stratégie atttrape-tout. Jeudi soir au même moment, cette opposition était visible à l’œil nu : Interview sur les valeurs au Fig Mag (le média c’est souvent le message) contre discours d’Orléans sur l’éducation et la République.
A la lecture des déclarations de Nicolas Sarkozy au Figaro Magazine, il est facile de décrypter la ligne choisie côté Elysée : d’abord mettre le débat sur le terrain des valeurs pour ne pas devoir jouer en défense sur les thèmes économiques et sociaux où le bilan est jugé négatif par l’opinion et sur lesquels la confiance apparait logiquement faible (La Course 2012 Sondage CSA/BFM/RMC/20 Minutes/CSC http://goo.gl/XYXDR ). Ensuite et surtout, cliver, faire des choix forts qui marquent l’opinion, provoquent des réactions tranchées (on est pour ou contre, voir très pour ou très contre). C’est la même recette qui a fait le succès de la campagne de 2007.L’objectif est bien sur de polariser le débat autour de ces thèmes et de celui qui les incarne. Il laisse entrevoir une stratégie de campagne en deux temps.D’abord améliorer dans les semaines qui viennent les reports de voix des
électeurs du FN qui ne sont que 4 sur 10 aujourd’hui à se prononcer pour Nicolas Sarkozy au second tour. Faire que les courbes du second tour bougent enfin, que l’écart diminue. Ensuite, entre les deux tours, et notamment lors du débat, tout faire pour essayer d’apparaître comme le candidat le plus crédible et décrocher ainsi une frange de l’électorat centriste aujourd’hui très rétive.
Face à la stratégie du clivage, Hollande poursuit depuis le discours du Bourget qui lui a permis de rassurer son camp, une stratégie officiellement baptisée « rassemblement » mais que l’on peut appeler aussi stratégie « attrape-tout ». Ne pas cliver, ne pas prendre de risques comme sur le quotient familial, investir des thèmes consensuels comme la jeunesse, l’éducation, l’exemplarité de l’Etat. S’adresser au peuple de gauche tout en n’effrayant pas le centre, reparler aux milieux populaires sans heurter les cadres supérieurs, et bien sur surfer sur le vote-sanction contre le sortant.
Ces deux stratégies sont logiques et ont chacune des avantages pour leurs tenants. Elles présentent aussi chacune leur part de risque. Pour François Hollande, la stratégie attrape-tout, aisée à
manier en début de campagne peut être longue à tenir lors des prochaines longues semaines qui nous séparent du premier tour. Au moment ou la campagne s’emballe et surexpose, Le risque de ne plus rien dire d’impactant, de ne pas sembler faire de choix suffisamment précis, peut éroder, notamment au profit de la gauche de la gauche, la dynamique du premier tour enregistrée aujourd’hui.
Pour Nicolas Sarkozy le risque est ailleurs : la stratégie du clivage, de la rupture, dans une France de 2007 plus optimiste plus convaincue de la nécessité du mouvement s’imposait, et s’incarnait facilement dans le candidat de l’époque. Aujourd’hui dans une France en crise, repliée sur ses
peurs et pessimiste, plus portée par des valeurs d’égalité, de solidarité, les mesures sur les chômeurs ne vont-elles pas installer la peur d’une France plus dure ? Le choix du débat sur les valeurs ne risque t il pas d’apparaitre comme un alibi ? L’aspiration profonde de la société française l’incline t-elle plutôt à l’apaisement, à l’effort collectif et partagé ou au contraire à de nouvelles ruptures, à de nouveaux clivages ? C’est pour le sortant le risque majeur.
Une chose est sure, avant de s’affronter directement, les choix stratégiques des deux candidats sont déjà en opposition frontale. Ils sont la traduction d’un match inversé non plus entre le sortant et l’opposant, mais entre le favori (Hollande) et le challenger (Sarkozy). Ils sont un des atypismes de plus de cette campagne électorale.
Bernard SANANES
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