Petite pensée pour tous ceux qui ce week-end, candidats ou collaborateurs, attendent, souvent fébrilement -et c'est normal-, parfois sereinement le remaniement. A force d’entendre parler de ce remaniement, quelques anecdotes vécues (il y a prescription) me sont revenues en mémoire.
C’était en 1993. Nous déjeunons d’une raclette en attendant Bernard Bosson (à l’époque Député-Maire d’Annecy) qui sort d’un rendez vous avec le nouveau premier Ministre Edouard Balladur.« Il m’a proposé l’Industrie, je lui ai dit que je souhaitais l’Equipement et les Transports. Je lui ai dit que que dans ce cas, ce n’était pas grave (Bernard Bosson était un des soutiens les plus fidèles de Balladur) et que je ne rentrais pas au gouvernement ». Nous nous regardons consternés. Le déjeuner se passe. A la fin, Bosson reçoit un appel. Il raccroche. « J’ai l’Equipement »
Mêmes protagonistes le lendemain. Balladur appelle Bosson. « Bernard, je ne sais pas si vous l’a dit mais vous avez aussi la Mer » Personne depuis 24h n’avait pensé à le dire au Ministre.
Mairie de Paris 1986 .Je suis jeune journaliste politique accrédité de l’ACP (Agence Centrale de Presse).Nous postons devant le bureau du Maire, Jacques Chirac. Les leaders de la nouvelle majorité se succèdent. Arrivée inattendue de Jean-Marie Daillet, « modeste » député centriste de la Manche. Surprise des journalistes.Flottement des huissiers. Au bout d’un quart d’heure Daillet repart. Un proche de Chirac vient nous expliquer : « On attendait Etienne Dailly (a l’époque Vice Président radical du Sénat), l’assistante a confondu Daillet et Dailly ».
Roumanie 1992. J’accompagne Jacques Séguéla dans d’épiques campagnes électorales post-communisme (cf le livre de Jacques « Vote au dessus d’un nid de cocos ».) Petre Roman prépare un remaniement. Arrive le portefeuille qui doit être celui de la Santé. Il se tourne vers ses collaborateurs. Nous ne comprenons pas tout, mais visiblement personne n’a la bonne suggestion. Pas d’assistante cette fois. J’assiste à cette scène surréaliste. Petre Roman se lève, saisit l’annuaire et explique « Il y a un médecin dans la ville de .. " (ne me demandez pas le nom) ; il compose lui-même son numéro et a du lui proposer d’être ministre.
Dernière anecdote connue celle là : On a l’habitude de dire que tant que vous n’avez pas entendu le secrétaire général de l’Elysée égrener la liste sur le perron de l’Elysée, rien n’est sur. Une fois, cet adage s’est révélé faux. En 1986, le même Bernard Bosson a du attendre trois longues heures pour être rassuré sur son sort. Jean-Louis Bianco avait annoncé Charles Bosson, son père comme entrant au gouvernement. Comme quoi, quand il y a remaniement on n’est vraiment sur de rien !
Encore quelques jours de suspense !
Sur le même sujet, Anne Rovan a publié dans Le Figaro, juste avant le remaniement, un article très révélateur sur les ministres qui sont "virés" d'un gouvernement. http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2010/11/09/10001-20101109ARTFIG00747-souvenirs-de-ministres-remercies.php
Où l'on voit l'énorme part de hasard qui préside souvent au choix des heureux élus, mais aussi le profond désarroi (mais qui comprendrait qu'on les plaigne?) de ceux qui, du jour au lendemain, retrouvent la vie de tout le monde. Cela aide à comprendre qu'on puisse tenir à être ministre de la Défense 13 ans après avoir été Premier ministre (ou espérer vainement retrouver le ministère de l'Industrie 16 ans après l'avoir quitté)...
Rédigé par : Paul | 19/11/2010 à 15:56