J'ai attendu dix jours pour m'essayer à l'exercice, très pratiqué cette semaine, du petit bilan de l'été présidentiel. Après 17 jours loin de France, il me fallait d'abord rattraper mon retard
médias , voir la fin des séquences et surtout je ne voulais pas me laisser influencer par le chauffeur de taxi qui à mon retour à Roissy, sur fond de RMC, m'avait répondu "Il s'est passé quoi en France
pendant l'été? les vacances de Sarko et l'angine de Cecilia !" Le témoignage vaut ce qu'il vaut mais je le trouve réducteur. et puis je vais vous le confier ni les vacances de Sarko ni l'angine ne m'intéressent. Non je crois qu'après 100 jours,on peut commencer à analyser les formidables succès de la communication présidentielle et en meme temps voir pointer quelques risques.
Les succès sont rééls et profonds. D'abord le volume, sans la saturation. Le tube de l'été c'est Sarkozy.Ce qui fait la une , ce qui donne le ton à l'actualité, c'est lui et j'allais dire seulement lui.Rien, ni personne ne parvient à émerger plus de 48h sans qu'il n'en soit à l'origine ou sans qu'il ne s'y soit d'une manière ou d'une autre raccroché.Pour l'instant le volume se fait sans provoquer de lassitude, et c'est ce paradoxe surprenant qui est la clé de la réussite."L'envie" de Sarkozy, l'appétance des gens pour ce qu'il fait, ce qu'il dit reste forte.Les français sont somme toute assez fiers d'avoir (re)trouvé un Président dont ils ne se demandent ni à quoi il sert ni ce qu'il fait de ses journées.
L'autre succés corrélé au premier, c'est la popularité qui s'installe à un niveau très haut dans les sondages. Les médias ne vendent que ce qui se vend. Et si Sarkozy fait vendre, de Yasmina Reza à Closer, c'est parce que sa popularité est réelle. L'ouverture, le dépoussiérage du style présidentiel,son activisme sont pleinement mis à son crédit, évidemment. Mais il y a autre chose. Quelque chose qui sonne comme "on a tous quelque chose en nous de Sarkozy",très bien reflété par le papier de l'Express d'Aurore Berthe cette semaine "un français presque moyen" , et qui m'a d'ailleurs fait penser à un des premiers articles écrits sur ce blog, le 1er novembre 2004 (déjà !), "mon week end avec Sarkozy" ( http://bensan.typepad.com/ben/2004/11/mon_weekend_ave.html ).Le français moyen même très loin des vacances à Wolfeboro ou de l'amour de Sarko pour les Rolex, se retrouve dans son gout pour le vélo, pour Christian Clavier et Johnny et pour le chocolat,ce qui permet à chacun une part (meme légère !!) d'identification, un côté "me too" .
Pour moi, ces points d'ancrage sont solides, certainement durables, au delà des - 4 et - 5 que les sondages afficheront forcément; mais en politique le ciel tout bleu n'existe jamais très longtemps. Dans la famille des risques, je placerai d'abord le risque du positionnement politique. Alors que le PS est incroyablement absent , la petite musique "ce gouvernement agit pour les riches et les plus favorisés" finira par rencontrer un certain écho si le volet social de l'action et du discours présidentielle ne vient pas contrebalancer les envolées libérales. A ce titre incontestablement le faux pas sur les intérêts d'emprunt, et la cacophonie à répétition sur ce sujet va laisser des traces.Cet équilibre sera d'autant plus difficile à trouver que pendant l'été a surgi une autre complainte "finalement, çà ne va pas assez loin".
Côté com, les risques existent aussi. Je ne range pas ici la sur-exposition.Je ne crois pas qu'elle soit négative.Parce qu'elle est "sa" marque de fabrique.Parce qu'elle incarne et traduit la nouvelle présidence. Mais inévitablement la question des priorités se posera.Le président n'est plus l'arbitre, il est acteur,engagé, en premiere ligne, c'est clair et c'est tant mieux.Mais il doit donner du sens et incarner des priorités.Or entre la crise économique et les infirmières bulgares,les intérets d'emprunt et l'agression du petit Enis, le drame de la fête des Loges et la médiatisation de trois réunions interministérielles le même jour, je ne retiens pas un message du Président me disant : "voilà ce qui est important".
Le risque ce n'est pas donc pas l'hyper-présence de l'hyper présidence, c'est la non-priorisation qui peut conduire à une forme de banalisation de l'action et de la parole présidentielle, laissant pour trace dans l'opinion au final le sentiment d'un zapping permanent.
Se posera inévitablement aussi la question de la hiérarchisation de l'émotion présidentielle.Le président reçoit la famille du petit Enis, face à l'émotion soulevée .Normal. Il se rend aux obsèques du marin pêcheur autre drame qui touche une profession, une communauté qui se sent souvent mal aimée de la nation. Sans doute. Mais la première fois, où face à des drames tout aussi tragiques, Sarkozy ne se rendra pas aux obsèques de deux gendarmes tués par un chauffard ou au chevet d'un enseignant agressé, on dira "il n'était pas là", "il a pris de la distance", "c'etait moins important pour lui".Déjà, Match raconte que Michel Serrault avait sondé le Père de La Morandais pour savoir si le président serait présent à ses obsèques.
Autre sujet. Au cours de l'été contraitrement aux succès de la campagne qui lui avait permis de faire émerger autour de lui, une équipe et une nouvelle génération, l'attitude du Président m'a semblé affabilir les ministres. Ministres immobiles comme Kouchner et Fillon pour la conférence de presse infirmières bulgares, ou rejetées à l'arrière plan comme Bachelot et Rachida Dati pour Enis, ministre réprimandée comme Lagarde dont on fait dire que c'est le président qui lui a demandé de rentrer, tout cela sert il le Président ? S'il s'agit de surfer sur le reflexe anti-politique et anti-ministres de l'opinion,c'est douteux. S' il s'agit de donner le sentiment que les ministres ne sont pas bons cela peut revenir en boomerang, les français sachant bien qui les a choisi, Mais surtout quand viendra la fin de l'été comme dit la chanson, même si Sarko est et restera toujours en première ligne, il sera utile d'avoir autour de lui une équipe solide pour répondre non pas à sa place mais avec lui, aux critiques, aux mécontentements, à l'opposition etc.
C'est d'ailleurs un signe qui ne trompe pas.Déjà les premiers mécontents ne demandent pas à être reçus par le Ministre concerné.C'est la porte de l'Elysée à laquelle ils frappent dans leurs communiqués de presse, comme s'ils avaient bien reçu le signal du Président, c'est ici que tout se passe, et pas ailleurs.
Une chose est claire, et sans surprise après 100 jours.Le Président occupe tout le champ médiatique et politique. Quand les français jugeront que l'heure est venue de comptabiliser les premiers résultats, à l'heure ou ils se diront "qu'est ce qui change, vraiment, pour moi ?", à un moment qui se situe sans doute entre la fin de l'année et les municipales, c'est vers le Président et vers lui seul qu'ils se tourneront. A ce moment là, sans doute, la communication présidentielle devra amorcer un premier virage.Pour l'instant c'est encore l'été.
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