Quand on s'arrête de bloguer quelques jours, sans se couper des infos, mais juste pour prendre un peu de recul, on se rend compte qu'en deux semaines la France politique a beaucoup changé.
D'abord la France a basculé dans la présidentialisation.Portée par le quinquennat, se traduisant certainement au final par la réduction du rôle du Premier Ministre, cette évolution va conduire le pouvoir a retrouver le chemin de l'Elysée. En dialoguant lui même les syndicats avant son entrée en fonction, en faisant le voyage de Toulouse pour rencontrer les salariés d'Airbus, en recevant la famille d'Ingrid Bettancourt, Sarko donne le tempo d'une présidence nouvelle. Il ne fait peu de doute que l'impulsion, les objectifs, mais aussi les grandes décisions et les grands arbitrages repasseront de ce côté ci de la Seine.Il ne fait guère de doute aussi, qu'aucun domaine de l'action gouvernementale ne connaîtra de domaine réservé.Sarko sera sur tous les fronts, intérieurs comme exterieurs.Fini le Président qui se protège, le premier ministre fusible. Personnellement j'ai toujours été à l'aise avec l'idée d'un régime présidentiel, et le fonctionnement américain d'un président fort et d'un Parlement fort correspond sans doute mieux à l'exigence d'efficacité et de contrôle des sociétés modernes.
Au delà de l'évolution institutionnelle, cette présidentialisation est également accentuée par le choix de la stratégie de communication du nouveau président. Fidèle à ce qui a fait son image, Sarkozy considère que la communication sert à faire bouger les lignes. Et en quelques jours, la doctrine Pilhan, qui reposait sur l'alternance de séquences et de silences, stratégie qui a parfaitement correspondu à une époque politique, vient d'être rangée, au rayon des souvenirs. Ces stratégies avaient comme mots-clés rareté et solennité. La com de Sarko a choisi l'abondance, et la désacralisation.
Abondance d'images et de messages. La communication présidentielle dans sa fréquence, dans son intensité, dans sa tonalité, va connaître un profond bouleversement. Je ne suis pas sur simplement que le rythme puisse être tenu à ce niveau longtemps car à un moment il y a toujours différence entre le bruit et le signal.Mais au moins, on va revenir sur cette habitude absurde qui voulait que les deux grands moments de communication présidentielle, étaient le 31 décembre et le 14 juillet, précisément les jours ou les français, en famille et entre amis ont envie qu'on leur parle de tout sauf de politique !
Désacralisation ensuite de l'image et de la fonction présidentielle.De Malte au jogging, Sarko se montre tel qu'il est. Pour moi, à ce stade, c'est plutôt de la transparence.C'est la présidence en "live". Sarko sait bien que "plus rien n'est off" (http://bensan.typepad.com/ben/2006/11/plus_rien_nest_.html) . Après évidemment, il y a de la mise en scène. Il y a une participation consciente et volontaire à la "peoplisation" de la société.Une des nouveautés de ce quinquennat côté com, c'est que le président est lui même un "people" et que toutes les semaines ou presque, on aura ses photos dans Closer ou Gala. Et en même temps, incontestablement, il y a de la modernité, "quelque chose en lui de Kennedy", comme on l'a vu dans les images de sa prise de fonction. Cette modernité surprend d'ailleurs surtout les jeunes qui n'ont connu que les images solennelles et sacralisées de Mitterrand et de Chirac. A côté, il est certain que les images de François Fillon dans la Sarthe, pour son premier week end, costume cravate devant un rideau gris, apparaissaient très classiques. Ce contre exemple montre que, dès à présent, la communication politique va se benchmarker par rapport au style Sarkozy. En sera t il de même pour la communication des dirigeants d'entreprise qui avaient eux aussi dans leur grande majorité adopté les règles de Jacques Pilhan ? Cette évolution là sera également intéressante à suivre.
PS 1 : une chose m'a choqué quand même dans cette première semaine. La suppression du président de l'UMP, même si elle se comprend politiquement, apparait comme un retour en arrière !
PS 2 : j'avais intitulé ce texte "l'hyper présidence", idée que j'avais trouvé honnêtement il y a déjà 4 jours. Mais entre temps j'ai vu que le concept avait été utilisé par le JDD, par Plenel, et même par Fabius. Décidemment sur Internet, les bons concepts sont vite partagés !
Et oui que de la com, de la com et encore de la com. Pour mieux cacher le déclassement radical de la France?
Rédigé par: delacom | 21/05/2007 à 11:42